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Les chemises aux XIIème et XIIIème siècles

Dans le cadre de l'élaboration de costumes pour nos divers projets internes et externes à la troupe, une série de chemises ont été confectionnées, pièces destinées à des personnages de statut modeste à très élevé.

Cette série de réalisations obéit à plusieurs objectifs :

  • Exploiter certains patrons obtenus à partir de pièces archéologiques

  • Adapter les types de patrons au statut des personnages évoqués

  • Expérimenter certaines techniques de couture

  • Maintenir une cohérence dans la réalisation de l'ensemble du costume

Cette démarche a nécessité de précieuses collaborations aussi bien pour ce qui concerne l'accès aux sources archéologiques et leur compréhension, que pour l'obtention de certaines des matières textiles.

Les chemises sont présentées selon un classement « social », du plus petit statut au statut le plus élevé. Elles appartiennent toutes à des costumes complets dont la présentation sera faite prochainement sur le site. Aucune d'entre elle n'est une reproduction exacte des pièces d'origine. Elles se répartissent en « couche 1 » et en « couche 2 ». Autrement dit les premières se portent à même la peau tandis que les secondes se portent sur une première chemise et parfois peuvent dépasser de la cotte portée par-dessus.

***

La chemise de paysanne vers 1250

C'est une chemise couche 1 (figures 1 à 4).

Matière : chanvre, non teinté, beige foncé, tissé au métier mécanique par « Aux Fils de l'Arz » http://www.auxfilsdelarz.fr/

Patron :

Pour ce type de statut, le postulat de base est la disponibilité d'un lé étroit, large de 50 cm, ce qui oblige à recourir à des godets pour obtenir une circonférence suffisante mais relativement modeste.

L'encolure de la chemise couche 1 est suffisamment échancrée pour ne pas dépasser de l'encolure de la cotte portée par-dessus.

Dimensions : circonférence à la base 1.8 m ; hauteur et largeur des godets : 90 cm et 25 cm

Techniques de couture : à la machine pour les coutures invisibles, à la main pour les coutures visibles (encolure, ourlets). Sur l'envers, les coutures sont rabattues avec couture à la main.

Composition du costume :

Cette chemise entre dans la composition d'un costume formé d'une cotte et d'un manteau à capuche en laine, et dont les accessoires rassemblent une ceinture en laine tissée, une aumônière brodée, un voile en laine.

Photos de la réalisation :


Fig. 1 : Vue à plat


Fig. 2 : insertion du godet central du devant


Fig. 3 : Montage du gousset à l'emmanchure

 


Fig. 4 : chemise portée

***

La chemise de la consoeur de l'ordre de l'Hôpital vers 1190

C'est une chemise couche 1 (figures 5 à 8).

Matière : coton de provenance égyptienne. Tissu fourni par Ali Rakib de Fief et Chevalerie ali@tashkent.fr

Patron :

Il s'inspire des découvertes archéologiques effectuées entre 1989 et 1991, dans la grotte de Asi-I-Hadath, au Liban, dans la vallée de la Qadisha. Les vestiges sont des momies encore revêtues de pièces textiles dans un parfait état de conservation. Cette grotte a servi de lieu de sépulture à une communauté de Chrétiens Maronites, en 1283.

Le patron adopté ici reprend celui d'une pièce archéologique en toile de coton grège, ornée de bandes brodées de motifs rouges et marron à la hauteur des bras et de la poitrine.




Fig. 5 : patron extrait de l'article « Les vrais costumes du XIIIème siècle, rédigé par Olivier Renaudeau, (Histoire Médiévale, numéro 59, novembre 2004, pages 46-52).

Dimensions de la pièce d'origine: Hauteur : 168 cm ; Longueur de manche : 61 cm ; Largeur aux épaules : 35 cm ; Largeur aux pieds : 106 cm.

Deux remarques s'imposent. La première concerne l'étroitesse générale du vêtement, qui est compensée, en haut, par l'insertion de godets trapézoïdaux afin d'assurer une plus grande aisance à la hauteur de la poitrine. La seconde remarque concerne la longueur importante de la robe (si on rajoute une vingtaine de cm pour la hauteur de la tête, on arrive à 1m88, ce qui semble une taille exagérée pour l'époque, et pour une femme), qui suggère qu'elle était portée blousante à la taille.

La chemise réalisée à partir de ce patron en reprend le principe, avec comme seule différence une ampleur à la base un peu plus importante (1m50) car le costume auquel appartient cette chemise est un costume de travail.

Techniques de couture : elles reprennent celles mentionnées pour la première chemise.

Composition du costume :

Cette chemise entre dans la composition d'un costume formé d'une cotte en laine, construite sur le même patron et dont les accessoires rassemblent une ceinture en tissu nouée, un tablier de coton épais et un voile en soie.

Photos de la réalisation :


Fig. 6 : insertion du godet trapézoïdal dans l'emmanchure


Fig.7 : godet latéral et manche : vue de devant et de derrière

 


Fig. 8 : chemise portée

 


***

La chemise de Philippe Auguste (« Bouvines 1214 »)

C'est une chemise couche 2 (figures 9 à 23)

Matière : lin fin blanc

Patron : sa réalisation s'inspire de la chemise de Saint-Louis qui a fait l'objet d'un article très précis de Tina Anderlini et Gaëlle Bernard (Moyen Age, numéro 84). La base de départ est une découpe en trapèze, dont la largeur est amplifiée par l'insertion de godets centraux. Les emmanchures présentent un arrondi anatomique.

Fig. 9 : croquis réalisé par Tina Anderlini, d'après la pièce archéologique

Techniques :

La couture reprend les techniques présentes dans la pièce d'origine, ce qui implique un travail à la main pour 90% des coutures. De plus, les rabats des coutures, comme la parmenture sont réalisés vers la face extérieure de la chemise, et non vers l'intérieur.

La couture emboîtée : elle consiste à superposer les bords de deux parties à joindre sur environ 1 cm de largeur (fig. 10), puis à rabattre le bord par en-dessous et à le fixer ensuite par une couture à petits points (fig. 11). L'opération est à reproduire de manière identique sur l'autre face (fig. 12). Cette technique permet d'obtenir une jonction très plate et consolidée par une double couture.


Fig. 10 : superposition des deux bords avant jonction


Fig. 11 : couture emboitée (recto)


Fig. 12 : couture emboîtée (verso). On distingue sur la gauche, la ligne des points de couture réalisés au recto.

La couture rabattue : elle consiste, après avoir joint deux bords par une couture classique, à diminuer la largeur d'un des deux bords (fig. 13) et à rabattre par-dessus l'autre bord laissé dans sa largeur initiale, puis à le rentrer et à le fixer par des points de couture.


Fig. 13 : à droite, est visible la couture jointive entre les deux tissus. A gauche, le bord laissé dans sa largeur initiale.

La couture bord à bord : elle permet de joindre deux parties auxquelles on a préalablement fait un ourlet. Les deux bords sont ensuite mis à plat l'un contre l'autre et joints par des points de couture. Ce procédé permet de défaire rapidement la couture pour obtenir plus d'aisance ou pour faciliter l'enlèvement du vêtement. Sur la tunique de Saint-Louis, cette couture est utilisée pour les manches, le long des avant-bras et pour la jonction entre les deux parties du godet central, qui pouvaient donc être aisément décousues et recousues.


Fig. 14 : Le fil ne doit pas être trop serré pour éviter tout risque de chevauchement.

Couture recouverte : elle permet de faire une finition propre et aplatie qui recouvre la zone de jonction entre deux pièces de tissu, dont les bords ont été rabattus de chaque côté. Dans le cas de la chemise de Saint-Louis, cette technique est tout particulièrement utilisée dans la région du plissage du godet. Une fois le godet plissé joint, par une couture classique, à chaque côté de la fente sur le devant ou dans le dos, une bande de tissu étroite est fixée par des points de couture sur la jonction, en prenant soin de conserver une excroissance suffisante pour obtenir un croisement avec la seconde bande latérale (fig. 15).


Fig. 15 : la bande de tissu doit recouvrir les deux bords de la couture qui seront ainsi dissimulés.

Il est conseillé de faire une couture à petits points surtout si le tissu est fin (fig. 16).


Fig. 16 : la bande réalisée à gauche est à reproduire sur le côté droit du plissage.

Cette couture se faisant sur l'endroit de la chemise, c'est en réalité sur la face interne de la chemise que la finition est plus propre (fig. 17).


Fig. 17 : face interne du godet plissé

Passage de la couture emboîtée à la couture bord à bord : c'est un moment particulièrement délicat.


Fig. 18 : au point de transition il faut rabattre de part et d'autre le bord des deux pièces de tissu. C'est un point qu'il y aura à revoir pour obtenir un rendu plus satisfaisant.

Composition :

Cette chemise entre dans la composition d'un costume civil royal. Il se compose donc de trois couches (chemises 1 et 2, et bliaut). Le choix des matières tend à refléter le statut social très élevé (soie, brocard de soie).

Photos de la réalisation :


Fig. 19 : parmenture sur le devant


Fig. 20 : godet sous emmanchure


Fig. 21 : Aspect final du godet plissé


Fig. 22 : profil de la manche (ourlet du poignet encore non réalisé, en attente du bliaut)


Fig.23 : vues générales de la chemise


Les chemises d'Otto IV (« Bouvines 1214 »)

Il s'agit là d'un ensemble de deux chemises (fig. 24 à 33) portées l'une sur l'autre et sous le bliaut. Compte tenu des influences entre les costumes ecclésiastiques, impériaux et ceux de tradition byzantine, ainsi que de la pérennité de leurs formes, le choix a été fait de s'inspirer des vestiges découverts dans la tombe de l'évêque Rodrigo Ximenez de Rada, dans la nécropole de Las Huelgas. Deux pièces archéologiques ont été utilisées ici, la camisa corta (fig. 24) et la camisa mediana (fig. 25).

Matière : la chemise courte, près du corps, a été réalisée en lin blanc, la chemise médiane en soie provenant de Virges Armes.

Patrons :


Fig. 24 : croquis de la chemise courte réalisé par Tina Anderlini, d'après la pièce archéologique


Fig. 25 : croquis de la chemise médiane réalisé par Tina Anderlini, d'après la pièce archéologique

La principale caractéristique de ces chemises est la grande ampleur à la hauteur de la poitrine (fig. 26), obtenue dans la première chemise par l'emploi d'un lé très large associé à des emmanchures arrondies (fig. 27), et dans la seconde, par l'ajout de godets latéraux très larges. En outre, cette dernière se caractérise par de nombreuses découpes (16 pièces au total).

Techniques de couture : à la machine pour les coutures invisibles, à la main pour les coutures visibles (encolure, ourlets). Sur l'envers, les coutures sont rabattues avec couture à la main. Le recours à la soie pour la chemise médiane a imposé des points de couture très petits.

Composition : Ces deux chemises entrent dans la composition d'un costume civil impérial du Saint Empire romain germanique. Il se compose donc de trois couches (chemises 1 et 2, et bliaut). Le choix des matières tend là aussi à refléter le statut social très élevé (lin, soie, brocard de soie).

Photos des réalisations :


Fig. 26 : chemise courte

 


Fig. 27 : emmanchure arrondie de la chemise courte (vue de devant).


Fig. 28 : emmanchure arrondie de la chemise courte (vue de dos).


Fig. 29 : chaque côté de l'encolure présente un décrochement en angle droit, puis un arrondi avant une jonction en pointe.


Fig. 30 : chemise courte, vue générale


Fig. 31 : chemise médiane, godet latéral vu de dos.


Fig. 32 : chemise médiane, godet latéral vu de devant


Fig. 33 : chemise médiane, vue générale



A rticle : Catherine Lagier/Oriabel