Costumes nobles : composition, patrons, réalisations

Remarques générales 

      Le costume noble obéit à quelques principes généraux, certes déjà connus (dont une grande part s'applique aussi à n'importe quel costume reproduit), mais qu’il est conseillé d’avoir en tête avant de se lancer dans sa réalisation. Jeter son projet sur papier évitera des désillusions futures : croquis de la tenue complète avec ses couleurs, ses types de tissus et ses accessoires, plan de coupe de chaque vêtement avec les dimensions personnalisées. Cela demande du temps mais évitera des regrets dans vos achats voire, plus ennuyeux, une fâcheuse tendance à justifier l'emploi d'une matière ou d'un accessoire inadéquat, achetés avant d'avoir réfléchi à votre projet.  Le deuil de ces dépenses-là est toujours très difficile à faire. Il faut aussi admettre que la recréation d’un costume noble engendre des frais, mais c’est à chacun de fixer son curseur selon ses possibilités. La noblesse n’est pas un groupe social monolithique, elle est composée de multiples catégories qui composent une hiérarchie. La petite noblesse n’a pas les mêmes moyens que la haute, c’est évident ! Cette remarque est valable pour toutes les catégories "socio-professionnelles" de l'époque, ce qui offre un large éventail de personnages à représenter. 

Qu’est-ce qu’un costume noble au XIIIe siècle ?

-           C'est un costume qui montrera à travers toutes ses caractéristiques la noble qualité de la personne elle-même. Ses vêtements seront son miroir moral, visible de tous. 
-          C’est un ensemble de vêtements (garnements) qui constituent la « robe », qui comprend deux pièces (cotte et manteau) ou trois en moyenne (cotte, surcot et manteau), mais qui peut en comporter plus, non pas pour être portées en même temps, mais pour répondre à des besoins spécifiques à certains contextes et/ou moments (il en va de même de nos jours : l’imperméable et le manteau ne seront pas portés dans les mêmes situations et on évite le maillot de bain pour un baptême...). Ainsi, un noble portera une cotte longue quand il assistera à un banquet mais aura une cotte plus courte pour une partie de chasse.
-          Si l’on reste dans la notion fondamentale de contexte, c’est un costume qui ne représente qu’un instant T de la vie du personnage. La mode était aussi soumise au calendrier liturgique qui imposait des couleurs autant aux laïcs qu’aux clercs, comme des couleurs sombres et ternes pour les périodes de pénitence (Avent, Carême) ou vives et joyeuses à l’occasion des fêtes.  Il en va de même pour les différents moments forts de la vie (naissance en blanc, mariage en rouge, mort en blanc, deuil en gris/noir/bleu foncé). Toute réalisation ne sera donc QU’UN EXEMPLE DE COSTUME, parmi une multitude d’autres potentiellement réalisables afin de constituer la garde-robe d'un personnage aristocratique, par exemple (le même raisonnement est à tenir pour un très grand nombre de statuts sociaux). En tenir compte évitera une association déplacée entre un accessoire et un costume.
-          C’est un ensemble de matières de qualité (ce qui ne signifie pas hors de prix en terme de reconstitution) car tous les éléments qui le composent doivent contribuer à un visuel cohérent. Les tissus seront teintés densément (même pour des couleurs ternes, du deuil par exemple), leurs métrages suffisants, les vêtements amples et longs, les accessoires justes (ni trop ni trop peu, d’une réalisation d’égale qualité)…bref, c’est une sorte de tableau composé touche après touche, en évitant toute forme de surenchère. L’élégance n’a jamais été dans l’accumulation et il faut accepter l'idée que parfois certains accessoires ne seront pas visibles de tous (par exemple le fermail de la cotte caché par l’encolure du surcot).
-          C’est un costume qui suivra la mode, même si les changements peuvent paraître subtils du moins dans la 1ère partie du siècle (l’évolution de la silhouette est plus nettement perceptible dans la 2e partie du siècle et elle s’accélère au début du siècle suivant). C’est avec ces critères spécifiques que le costume pourra être daté, parfois et à approximativement, à la vingtaine d’années près (en ne perdant pas de vue que ces curseurs sont soumis aux avancées de la recherche et que la transcription d'un phénomène de mode dans les représentations entérine un fait social en réalité plus ancien). La mode concerne tous les aspects d’un costume : par exemple les matières textiles liées aux ressources locales et aux échanges commerciaux, les armures (toile, sergé, sergé à motifs), les traitements subis (laine foulée, grattée), les teintures (pastel détrôné par l’indigo), les formes des vêtements, les types de coiffes et d’accessoires...En reconstitution, tout est une question de choix réfléchis en amont. Y compris celui de suivre, ou pas, les préceptes de l'Eglise qui cherche constamment à lutter contre les abus vestimentaires, entre autres, auxquels certains clercs eux-mêmes cèdent d'ailleurs ! 

Quels vêtements composent un costume noble ? 

     Il ne s 'agit ici que d'un rappel rapide : 
Les dessous comprennent une chemise (femme et homme) et des braies (homme), réalisées en lin de qualité. 
Les couches supérieures se composent de chausses (classification un peu particulière pour les femmes puisque leurs chausses ne sont pas censées être visibles), d’une cotte, d’un surcot, d’un manteau ou chape, dont les formes générales peuvent varier (dans un groupe de reconstituteurs favoriser la diversité des formes aboutit à un visuel varié plus proche de la réalité historique).
Les accessoires courants sont une coiffe (cale, chaperon, chapeau, « Sainte Brigitte », voile, « touret », filet…), un système de fermeture (fermail, bouton, lacet), une ceinture, des chaussures, des bijoux (des bagues). D’autres accessoires sont à relier à un contexte, comme l'aumônière (pouvant contenir un patenôtre), des gants (pour la chasse au faucon par exemple), un talisman/reliquaire (porté à même la peau, donc non visible)…

Il va de soi que plus le personnage correspondra à un statut social et/ou à une fonction précis plus il faudra compléter son costume par des accessoires parlants, car il doit pouvoir être identifié au 1er coup d'oeil, comme à l'époque. 

A - Patrons 

          Je tiens ici à remercier Sèverine Watiez, plus connue sous le nom de Perline la Tisserande, du Cercle des Touailles. Sa longue et très riche expérience technique, ses conseils et sa  disponibilité me sont toujours très  précieuses. De nombreux costumes sont mis en valeur par ses très belles réalisations. 

         Vous trouverez ci-dessous un éventail de patrons,  dont certains sont issus de mes observations et expérimentations. D'autres sont déjà connus par ailleurs, issus de vestiges archéologiques. La sélection proposée ici ne reflète pas toute la diversité dont les sources textuelles, entre autres, témoignent (registres de comptes, lois somptuaires, discours de prédicateurs, oeuvres littéraires...), sans toujours nous offrir de pistes matérielles exploitables. Les commentaires associés aux patrons se veulent avant tout pratiques. Ils découlent directement des expérimentations réalisées dans notre association, des difficultés rencontrées et des adaptations choisies. Ce dossier sera complété au fur et à mesure des recherches que je mène actuellement. 

Quelques remarques d'ordre pratique et "en vrac"...
- l'ampleur (cotte et surcot) : d'une part elle sera variable selon le statut social de votre costume, mais d'autre part elle tiendra compte de votre morphologie. Les données chiffrées conservées proviennent pour la plupart de sources comptables liées à la haute noblesse princière et/ou à la famille royale. Elles montrent que de véritables fortunes étaient dépensées dans des achats de textiles et de fourrure, de même qu'elles donnent un aperçu de la quantité importante de matériau consacrée à la confection d'un seul vêtement parfois. Pour simplifier, on peut garder en tête trois principes de base afin de déterminer l'ampleur d'une cotte  ou d'un surcot : tenez compte d'abord du revenu financier de votre personnage, ensuite du type de tissu (fin, on peut aller sur 8 m d'ampleur, plus épais, on sera sur 6 m), enfin de la morphologie (8 m d'ampleur ne donneront pas le même effet sur une personne d'1.60 m ou d'une autre d'1.70 m). Il y a donc un juste équilibre à trouver, que l'examen de nombreuses sources iconographiques peut vous aider à trouver. N'oubliez pas que tout, ou presque est une affaire de silhouette. La question de l'ampleur concerne aussi la partie supérieure du vêtement. Les sources sculptées montrent un plissage plus ou moins dense sur le torse qui nécessite une largeur de tissu suffisante afin de le reproduire (il faut tenir compte de la poitrine pour les femmes et du volume des dorsaux pour les hommes. La solution la plus simple est de partir sur un patron en trapèze pour les empiècements du dos et du devant, en exploitant au maximum la largeur du lé de votre tissu. Rajouter des godets supplémentaires dont le sommet vient se greffer sur l'emmanchure peut-être une autre solution (les deux godets dans le dos de la tunique de Moselund génèrent un beau plissé qui offre aussi une aisance  appréciable, surtout si le porteur travaille). 

- la longueur : celle de la cotte  varie suivant le sexe, mais là aussi, elle doit être suffisante par rapport à la silhouette recherchée. Il ne faut donc pas hésiter à rajouter de la longueur pour les costumes féminins en particulier, que ce soit devant ou dans le dos. Le choix dépend de la période reconstituée qui influence la manière de porter le vêtement. Au fur et à mesure que l'on avance dans le siècle, la silhouette devient plus floue et s'efface sous des vêtements plus lâches qui la cachent. Ainsi, la ceinture, d'abord nettement visible, voire affichée, évolue vers un accessoire caché, destiné avant tout à faire blouser le haut de la cotte. Mais ce dernier principe est celui édicté par l'Eglise, qui intervient de plus en plus afin de réguler les abus vestimentaires des femmes et des hommes (y compris dans le clergé). C'est donc que certains ne respectaient pas ces injonctions. A vous de choisir votre camp entre le vice et la vertu !

- la doublure : très peu de vestiges archéologiques montrent des doublures, ce qui rend ces quelques exemples peu significatifs. Les enluminures ne sont pas toujours d'une grande aide, le changement de couleur étant souvent là pour faciliter l'identification du vêtement. Il existe cependant des représentations incontestables de la présence d'une doublure, comme celle faite de fourrure, ou encore des sources textuelles (registres de comptes, règles d'ordres religieux, textes littéraires...). En pratique, il est logique de privilégier une doublure quand la nature du vêtement la rend visible (manteau en demi-cercle, capuche, devant de surcot, longues manches plissées d'une chape, par exemple) et quand il s'agit d'un vêtement d'extérieur censé pouvoir tenir chaud (chape de voyage). 

- les points de couture à la main : j'en utilise 4, selon les parties du vêtement qui sont concernées : le point arrière (plus solide, j'y ai recours pour toutes les zones soumises à des tensions, comme la partie supérieure d'une cotte ou la couture des chausses, pieds compris), le point avant, le plus petit possible (quand il s'agit d'associer des parties plus lâches comme la partie basse et ample d'une cotte, ou un ourlet ou encore joindre une doublure de fourrure au tissu extérieur), le point de surjet (pour coudre bord à bord) et le point invisible (pour les ourlets plus soignés et les rentrés de couture ou coutures rabattues). Le point de grébiche permet d'éviter d'avoir un ourlet à faire car il est un point de surjet et constitue aussi une petite décoration. Personnellement, je ne l'utilise que très peu. Il me paraît plus adapté à des tissus épais et son effet esthétique devient vite lassant si l'usage est trop répétitif. 

- les fils de couture : je n'utilise que du fil de lin, non teinté donc naturellement écru, et le plus fin possible. L'Atelier de Micky en propose un que je trouve parfait et qui s'utilise à la machine à coudre. Il m'arrive d'avoir recours au fil de soie, mais uniquement pour des costumes d'apparat (aristocratie laïque et ecclésiastique). 


1 - Chemises féminine et masculine

     Un dossier thématique est déjà en ligne ici, mais il comporte seulement des croquis et non des patrons. J'en présente donc deux ici. L'exemplaire féminin est inspiré des sources iconographiques (enluminures), tandis que le modèle masculin dérive directement de la chemise "dite de saint Louis". 

Conseils pour la réalisation : lin blanc à privilégier, courte (genoux) ou longue (entre mi-mollets et chevilles/malléoles) pour les hommes (selon le contexte), longue pour les femmes (chevilles/ malléoles), moins large que la cotte, avec des manches moins longues aussi. Les manches peuvent présenter un profil particulier comme celles de la chemise dite de Saint Louis. L’encolure peut avoir des formes différentes, tant qu’elle ne dépasse pas de la cotte. L'encolure ronde avec amigaut est proposée dans un contexte particulier : un vêtement  pouvant être interprété comme une chemise, dépasse de l’encolure et est très visible (comme c'est le cas dans de nombreuses statues en bois peint de la Vierge ou des statues-colonnes de Chartres, par exemple). Leur interprétation comme chemise ou comme une couche de vêtement intermédiaire entre la chemise et la cotte reste encore sujette à interrogation. 

Chemise féminine

Chemise masculine

Inspirée de la chemise de Saint Louis...

2 - Braies cousues et braïel

Conseils pour la réalisation : lin blanc à privilégier, longues (mi-mollets), larges et donc bouffantes, maintenues par le braïel. Les patrons proposés ici reprennent des modèles déjà connus. Retour d’expérience : réaliser un braïel assez large tissé au fil de lin, faire remonter les braies haut sur les côtes ("Fors unes braies qui me cuevre les costes", dans Le Moniage Guillaume) afin de replier plusieurs fois le braïel sur lui-même. Les braies sont alors en tension et forment un plissé toujours important mais plus « moulant ». Il faut toutefois veiller à ce que les cordons rattachés au braïel pour maintenir les chausses soient assez longs pour être encore accessibles et être noués aux cordons des chausses. Un braïel large limite l’effet de cisaillement sur les hanches et peut être plus confortable même s’il est serré. Les chausses aussi sont plus mises en tension et ont un aspect plus moulant. Remonter ses braies et retourner le braïel régulièrement peut se révéler nécessaire, un corps qui bouge met le costume en mouvement…

      En ce qui concerne les femmes, je ne connais pas de sources archéologiques. Les bragas de l'infante Maria de Castilla (1235-1235) découvertes dans sa tombe sont des chausses en lin, en forme de caleçon. Quant aux mentions de "femmes portant braies" dans certains fabliaux, elles sont satyriques car utilisées pour se moquer des femmes trop autoritaires. 

Modèle 1

Si elles sont assez larges, ces braies ont cependant un inconvénient : elles craquent souvent aux coutures de l'entrejambe. Petit conseil : laissez-les craquer et la taille de l'ouverture vous donnera la dimension du gousset d'aisance à insérer. Les lacets en bas des jambes permettent de fermer les chausses portées longues mais aussi de les remonter sur le haut de la cuisse et de les nouer aux lacets du braïel, quand les chausses ne sont pas portées et pour être plus à l'aise (voir les scènes de paysans aux champs).  

Modèle 2

C'est la forme la plus facile à réaliser. Elle a l'avantage de fournir une masse de tissu importante entre les jambes pour obtenir l'effet bouffant/plissé et les risques de déchirure à l'entrejambe sont inexistants. 

Modèle 3

Inspirées du sirwal mamelouk conservé au Musée du Cinquentenaire à Bruxelles, très largement daté entre le XIIIe et le XVIe. Nous l'avons tout particulièrement testé à cheval, en représentants des combattants hospitaliers en Terre sainte. A noter que ce type de "sarwel" se retrouve aussi dans certaines enluminures des Candigas de Maria montrant des femmes vêtues de chemise courte

3 - Chausses féminines et masculines

     Dans leur grande majorité, les chausses sont faites en laine (cas particuliers : chausses en lin pour certains groupes ou ordres religieux, chausses en soie pour des souverains et des ecclésiastiques de haut rang). Les chausses féminines (les sources iconographiques sont très rares et plus tardives) remontent au-dessus du genou et sont maintenues par des « jarretières » tissées (en fil de soie ou de laine fine) et nouées. En les roulant sous le genou, vous éviterez l'éventuel cisaillement occasionné par le cordon. Si vous êtes de celles qui perdent régulièrement ces cordons, faites deux points de couture pour les fixer définitivement aux chausses. Les chausses masculines remontent plus haut sur la cuisse et ont des cordons qui se nouent à ceux qui pendent du braïel. De nombreuses sources iconographiques montrent les chausses se terminant en pointe sur le devant de la cuisse, mais des pièces archéologiques présentent aussi une terminaison horizontale (les patrons proposent ces deux types). Les chausses sont taillées dans le biais afin d’être plus moulantes, mais l’effet recherché reste limité par les contraintes morphologiques (passage du coup de pied en particulier). Il arrive souvent qu’à l’usage la laine se détende et que les chausses baillent. Il suffit de reprendre la couture centrale de l’arrière de la jambe, ou si c’est devenu vraiment trop large, de découdre le gousset, de recouper la chausse et de replacer le gousset. De même, le talon et l’extrémité du pied (orteils) subissent vite un phénomène d’usure. Ces parties-là peuvent être alors découpées et remplacées (conserver quelques chutes de votre tissu vous permettra de faire ces « rustines », pas très nobles, mais à moindre coût…personnellement, je n'hésite pas à renforcer ces parties par un empiècement intérieur en toile de lin.  

Chausses féminines

Faute de sources archéologiques ce patron s'inspire de celui des chausses masculines.  Pour rappel, tailler les chausses dans le biais permet d'obtenir plus d'élasticité. Par ailleurs, j'ai remarqué que la laine tissée au métier avait tendance à feutrer plus que la laine industrielle au moment du lavage, ce qui occasionne un rétrécissement : les chausses n'ont plus besoin de jarretières pour tenir...

Chausses masculines /1

 Conseils pratiques pour le montage des chausses : épingler la chausse (sans son pied) sur l'envers et enfilez-la  afin de pouvoir l'ajuster au plus près à la jambe, tout en veillant à pouvoir l'enlever (la zone du coup de pied dicte la largeur de la chausse au niveau de la cheville). Faire de même avec les empiècements du pied. Travailler sur l'envers et épingler directement en suivant le contour du pied. Ne pas oublier qu'au terme du processus la jambe droite deviendra la jambe gauche et vice versa. Il est facile de se tromper et de faire deux pieds gauches/droits ! Enfin, après avoir épinglé le pied à la jambe, essayer la chausse et réajuster si nécessaire. Puis coudre au point arrière, plus solide pour résister aux tensions très nombreuses. 

Chausses masculines /2

Ce patron est conçu à partir d'un croquis figurant dans une des marginalia du manuscrit Digestum vetus (Amiens, BM, Ms 0347, folio 161). Il a l'intérêt de limiter les pertes en tissu grâce à ses multiples empiècements. A noter, le découpage de la partie recouvrant le pied, proche de celui des chausses de l'archevêque Rodrigo Ximenes de Roda, découvertes dans sa tombe.  

Chausses masculines /3

 Chausses de l'archevêque Rodrigo Ximenes de Roda, réalisées en laine marron, sergé 2/2. J'ai laissé l'empiècement 4 visible sur la chausse originale  mais il n'est pas utile de le reproduire. Erreur à la conception ? réparation afin de réutiliser un vêtement usagé ? on sait que le contexte funéraire est toujours très spécifique et sa compréhension malaisée.

4 - Cottes féminines, 1ère moitié du XIIIe siècle

Les patrons présentés ci-dessous sont des expérimentations pour les périodes 1200 et 1220. Ils ont été utilisés pour la réalisation d'un projet comprenant trois costumes féminins, nobles, placés dans la première moitié du XIIIe siècle, afin de montrer qu'il est possible de transcrire l'évolution, parfois subtile, de la mode, aussi bien dans les matières textiles utilisées, que dans les formes des vêtements et des accessoires. Ces trois costumes seront présentés sous la forme d'une vidéo commentée. 
Les cottes réalisées à partir de ces patrons l'ont été en laine (en extérieur). Même pour les personnages de la très haute noblesse, la laine est ultra-dominante. Le recours à la soie, en couche extérieure des vêtements, doit rester exceptionnel pour le XIIIe siècle (apparat), ce n'est qu'à la fin du Moyen Age que la matière devient plus courante. Il faut être saint Louis pour porter une costume entièrement fait de samit...La question de la doublure s'est évidemment posée et des choix différents ont été adoptés : cotte doublée entièrement de laine fine, cotte doublée de soie (cendal en général) seulement dans sa partie supérieure et enfin cotte non doublée. 

Quelques conseils techniques issus de mon expérience personnelle (donc parfois sans grande originalité) : 
- une fois le devant et le dos coupés et dissociés l'un de l'autre, je m'occupe de l'encolure (s'il y a un raté, comme une encolure trop grande, je peux encore rattraper le coup, ce qui n'est pas le cas si je fais cette étape en dernier) : je pose le devant sur le dos;  je marque le milieu au ciseau en coupant sur 1 à 2 cm de hauteur ; sur le devant je fais un repère (craie ou épingles) à 8 cm de chaque côté de la fente que je prolonge sur 4 à 5 cm, pas plus (attention à ne pas couper le dos qui se trouve dessous) ; je découpe en faisant un quart de cercle entre mon repère à 8 cm et l'extrémité de la fente ; je pose le morceau de tissu découpé sur l'autre côté afin d'obtenir un deuxième quart de cercle symétrique ; je fais de même sur le dos en formant un arc de cercle plus réduit ; j'épingle le dos au devant sur une épaule puis sur la deuxième quand la cotte a été enfilée ; l'encolure est en général trop étroite mais il suffit de tracer à la craie sur le tissu la ligne du cou, de couper le trop plein de tissu et de prolonger la fente autant que nécessaire pour que la cotte passe juste par la tête. Il est possible que l'ouverture soit encore un peu étroite, mais son ourlet augmentera mécaniquement le diamètre de l'ouverture. 

- les manches sont plus longues que les bras (prendre les mesures en pliant le coude à angle droit afin d'être d'avoir assez de longueur). En rajoutant 10 à 15 cm en plus, cela donnera assez de matière afin d'obtenir un joli plissé (cottes 1200 et 1220).

- la jonction des différents godets avec le dos et le devant respecte le principe de l'association droit fil/biais (indiqué par les flèches sur le croquis d'assemblage du modèle 1200, mais à reproduire de manière systématique). Cela contribue à créer un volume harmonieux. Mais cela peut compliquer le plan de coupe, surtout si votre tissu présente un endroit et un envers différents. J'ai l'habitude de marquer l'endroit de mon tissu sur chaque empiècement tracé (craie, points au fil à bâtir...) et je construis au fur et à mesure la cotte en l'étalant sur le sol, en version "éclatée" afin d'éviter toute erreur d'association. 

-le dos sera toujours plus long que le devant, femmes (présence d'une petite traîne à l'arrière) et hommes confondus, qu'il s'agisse pour ces derniers d'une cotte courte ou longue. Pour être sûr qu'une cotte masculine soit bien arrondie sur toute ta circonférence, je pars du vêtement porté. Au fur et à mesure que le "mannequin" tourne sur lui-même, je marque à la craie ou avec des épingles la hauteur souhaitée, en utilisant un réglet posé verticalement sur le sol. Je commence toujours dans le dos car le tissu y remonte plus que devant en raison du volume des dorsaux. Pour arrondir au mieux une cotte féminine, je procède en la posant à plat sur le sol le plus souvent, et en la déployant. Ensuite je mesure les coutures verticales en veillant à obtenir une vingtaine de cm en plus dans le dos par rapport au devant. Puis je marque l'arrondi de l'ourlet à la craie ou avec des épingles et je termine en coupant. 

Vers 1200
Plan de coupe

Vers 1200
Assemblage

Vers 1220
Plan de coupe

Vers 1220
Assemblage

Dans cet exemple, les emmanchures sont en angle. Il s'agissait de voir à quel endroit créer les tensions qui génèrent ensuite un plissé en diagonale sur toute la partie supérieure du bras.  

Vers 1250
Plan de coupe

Vers 1250
Assemblage

5 - Cottes masculines, 1ère moitié du XIIIe siècle

Les patrons masculins reprennent les modèles féminins dans leur ensemble. Les différences sont dans les longueurs qui peuvent varier selon le niveau social du personnage ou le contexte dans lequel la cotte sera portée : la longueur se situe donc entre la mi-mollet la malléole. La cotte est fendue en son centre, devant et dans le dos, à partir du pubis (c'est amplement suffisant selon le retour d'expérience de mes camarades masculins). Dans ces fentes, sont insérés des godets qui augmentent ainsi l'ampleur et l'aisance. Le sommet de ces derniers est plissé, selon un principe proche de celui attesté sur la chemise saint Louis. En comblant l'ouverture de la cotte mais en s'ouvrant lors des mouvements, ces godets rendent le vêtement plus élégant surtout s'ils laissent entrevoir leur doublure. 

Vers 1200
Plan de coupe

Vers 1200
Assemblage

Vers 1220
Plan de coupe

Vers 1220
Assemblage

Vers 1250
plan de coupe

Vers 1250
Assemblage

6 - Surcots féminin et masculin, sans manches

     Féminin ou masculin, ce type de surcot a la même forme générale et il est un peu moins large que la cotte. Fermée, l’encolure couvre celle de la cotte (et peut donc cacher le fermail qui ferme l’amigaut de cette dernière, s’il est placé assez bas).
 – il est aussi long que la cotte, voire un peu plus, pour les femmes
 – il est aussi long que la cotte, ou un peu plus court pour les hommes. Il est fendu devant et dans le dos, avec des godets centraux, moins larges que les autres.
-   dans sa version masculine il est fendu devant et doté de godets centraux devant et dans le dos
 – les emmanchures descendent assez bas, sous la taille. La ceinture devient alors visible, à laquelle peut être suspendue l’aumônière qui sera glissée sous le surcot et facilement extraite (pour s’en servir ou l’exhiber !).
 – les fermetures de l’encolure peuvent varier. Quatre versions sont présentées ici :

Option 1 – ouverture partielle sur une épaule : seule une partie de la couture d’épaule est réalisée. L’ouverture peut alors être fermée par un lacet/cordon (laine), un bouton (plutôt à partir de 1250), ou éventuellement par une broche ?
Option 2 - ouverture partielle sur chaque épaule : application ici du seul cas arrivé à ma connaissance et pour un jeune homme). La fermeture est assurée par deux pierres serties (sardoines).
Option 3 - ouverture verticale (amigaut), close par un fermail ou un bouton. L’encolure peut être laissée ouverte et former ainsi deux pointes qui se retournent en révélant la doublure (version masculine).
Option 4 - ouverture en diagonale, fermée par un bouton (version masculine).

Doublure : le surcot masculin peut s'entrouvrir devant et derrière lors de la marche ou en montant à cheval, il est donc logique de le doubler. De même, les sources iconographiques montrent très souvent les femmes relevant leur surcot sur un des avant-bras, ce qui a comme effet de révéler la doublure. Cette dernière peut être en taffetas de soie ou en fine laine blanche (blanchet). 

Surcot féminin
plan de coupe

Surcot féminin
assemblage

Surcot masculin
plan de coupe

Surcot masculin
assemblage

7 - Manteaux demi-cercle féminin et masculin

Il s’agit d’un manteau en demi-cercle, maintenu par un laz (cordon), doublé, porté par les hommes et les femmes. Il descend jusqu'à mi-mollet en général. Plusieurs patrons sont proposés selon la largeur de lé dont disponible, et éventuellement si le tissu présente un motif (cas très spécifiques et donc rares, comme celui d’un souverain à son couronnement ou d’un évêque portant sa chape). En règle générale la longueur est égale à 2 x la hauteur, ce qui entraîne une légère remontée des pans sur le devant quand le manteau est posé sur les épaules. On peut "corriger" cela en augmentant un peu la longueur du lé, mais ce ne sera plus tout à fait un demi-cercle. L'intérieur du manteau étant visible, il faudra envisager une doublure.

Modèle 1

Conseils pratiques :

Modèle 1 avec hauteur de 140 cm : largeur de lé en 140 cm ; longueur = 2 x la hauteur souhaitée.Dans les chutes, il est possible de tailler des chausses pour une femme. Les orifices pour le passage du cordon d’attache du manteau (laz) ont été placés de manière arbitraire sur le patron. En pratique, il est conseillé de tester le manteau porté avec le cordon juste fixé par des épingles de manière à déterminer l’emplacement définitif des orifices et la longueur finale du cordon. Celui-ci doit reposer sur la poitrine en maintenant les bords du manteau à plat sur les épaules. Plus les orifices seront éloignés des bords du manteau, plus ceux-ci auront tendance à se retourner vers l’extérieur (comme on le voit sur certaines sources iconographiques), rendant alors la doublure un peu plus visible, en particulier s’il s’agit de fourrure. La doublure du manteau suit le même patron. 

Retours d’expérience au sujet de la doublure : tous les tissus ne réagissent pas de la même manière lorsqu’ils sont en position verticale. Une laine se détendra plus ou moins suivant son épaisseur et son armure, un cendal (ou taffetas de soie), non. Je conseille donc de ne pas coudre tout de suite la doublure au bas du manteau, mais de laisser celui-ci reposer sur un mannequin pendant quelques jours. Ensuite seulement, le bord de la doublure pourra être ajustés au bord du manteau, alors qu'il est porté. Même avec ces précautions, il arrive à l’usage que la doublure, soit pende, soit fasse rebiquer le tissu extérieur. Dans ce genre de cas, je désolidarise la doublure du manteau en bas, mais je fixe les deux tissus par quelques points dissimulés dans les coutures verticales pour éviter un effet "ballon". 

Modèle 2

Conseils pratiques :

Modèle 2 avec hauteur de 150 cm : largeur de lé en 140 cm ; longueur = 2 x la hauteur souhaitée. Cet exemple s’applique à un tissu dont la largeur de lé est insuffisante pour obtenir la hauteur souhaitée. Les chutes servent alors à compléter le manteau en bas. Pour les débutants ou ceux qui ne sont pas très assurés, vous pouvez faire un « blanc » (un essai) dans un tissu quelconque qui aura la bonne largeur (150 cm, 160 cm…). 

Modèle 3 

Conseils pratiques : 

Modèle 3 avec hauteur en 140 cm : largeur de lé en 110 cm ; longueur = 2 x la hauteur souhaitée. Cet exemple s’applique tout particulièrement à un tissu de soie, la plupart du temps disponible seulement en 110 cm de large, et avec une étoffe à motifs. Ce type de manteau sera réservé à des personnages de statut social exceptionnel (souverains, évêques...), tout comme à des circonstances exceptionnelles (mariage princier/royal, couronnement…). Les chutes peuvent être précieusement conservées, elles pourront servir à la confection d'une aumônière, ou d'une bourse à reliques.

8 - Chapes à manches plissées, féminine

La chape à manches plissées est un vêtement utilitaire mais elle peut aussi exprimer une forme de prestige (se reporter à article sur la chape). Elle est très ample, longue, dotée d'une capuche rarement portée et de manches très plissées sur les épaules, longues et fendues dans leur partie supérieure afin de laisser le passage libre pour extraire le bras. Ces manches disproportionnées ne sont jamais enfilées et flottent librement. Elles sont des signes extérieurs de richesse et d'appartenance à une certaine catégorie sociale. La richesse se retrouvera aussi dans la doublure, visible à l'extrémité des manches et dans leur ouverture, ainsi qu'à l'intérieur de la capuche, rejetée dans le dos. Les sources iconographiques associent cette chape aux femmes quand elles sont en déplacement, à cheval. J'ai eu l'occasion d'en porter une dans ce contexte et le vêtement est parfaitement adapté, il couvre, protège et reste près du corps, ce qui n'est pas du tout le cas d'un manteau en demi-cercle : ce dernier a vite fait de coller sur le dos du cheval, d'exercer alors une traction très inconfortable vers l'arrière, ce qui oblige très vite à tirer sur le las du manteau pour soulager la tension. La forme en demi-cercle, portée à cheval, est à réserver à un contexte d'apparat, urbain, tel qu'un défilé. 

Plan de coupe

Assemblage version 1

Assemblage version 2

B - Recréations 

Le projet a demandé trois ans de travail en raison de son objectif ambitieux : proposer trois costumes nobles de la 1ère moitié du XIIIe siècle dans le but de montrer l'évolution de la mode. De nombreux artisans ont collaboré à ce travail et l'élégance de leurs réalisations met en valeur les costumes présentés ici. Un immense merci à eux !
Atelier de Micky : teintures des laine en garance et indigo, fils de soie (ceintures).
Atelier Bleus Pastel d'Occitanie : teintures laine et soie au pastel.
Perline la Tisserande : tissage des ceintures et des cordons (soie, broché) ainsi que des tourets et des barbettes. 
Labor Temporis : boucles et ornements métalliques de ceintures, cerclet.
Atelier Drille et Triboulet : fermaux et boucle de ceinture. 
Ars Fabra : fermail.

Femme noble vers 1200

Femme noble vers 1220

Femme noble vers 1250

01/11/2026 - Catherine Besson-Lagier
Pour Les GMA